
Programme
Antonio Lotti – Crucifixus
Cipriano de Rore – Cantantibus organis, Cecilia virgo / Biduanis ac triduanis
Bartolomeo de Selma – Canzon (instrumental)
Herman Hollanders – O Beatum virum Martinum
Jacob Obrecht – Salve Regina
Jean Mouton – Adieu, mes amours
Johann Hermann Schein – Suite, Banchetto musicale (instrumental)
Juan de Araujo – Pastorcillo, que al sueño entregado
Gaspar Fernandes – ¿Quieres pastorcillo?
Stevie Wishart – L’Hallali du Seigneur (texte Vincent Houchard)
Textes
Antonio Lotti – Crucifixus
Crucifixus etiam pro nobis
sub Pontio Pilato,
passus et sepultus est.
Il a été crucifié pour nous
sous Ponce Pilate,
a souffert et a été enseveli.
Cipriano de Rore – Cantantibus organis Cecilia virgo
Cantantibus organis, Cecilia virgo in corde suo soli Domino cantabat dicens:
Fiat Domine cor meum et corpus meum immaculatum ut non confundar.
Tandis que les instruments de musique jouaient, la vierge Cécile,
dans son coeur, chantait au seul seigneur en disant :
puissent mon coeur et mon corps se conserver sans tache
afin que je ne sois pas confondue.
Cipriano de Rore – Biduanis ac triduanis
Biduanis ac triduanis, je juniis orans commendabat Domino, quod timebat:
Fiat Domine cor meum et corpus meum immaculatum ut non confundar.
Pendant deux ou trois jours, j’ai prié et j’ai confié au Seigneur ce que je craignais :
Seigneur, que mon cœur et mon corps soient sans tache,
afin que je ne sois pas couvert de honte.
Herman Hollanders – O Beatum virum Martinum
O beatum virum Martinum antistitem,
qui nec mori timuit, nec vivere recusavit,
nec vivere recusavit. Alleluia.
Domine, si adhuc populo tuo sum necessarius,
non recuso laborem.
Fiat voluntas tua. Alleluia.
Ô bienheureux homme du vieux Martin,
qui n’as ni craint de mourir, ni refusé de vivre,
ni refusé de vivre. Alléluia.
Seigneur, si ton peuple a encore besoin de moi,
je ne refuserai pas de travailler.
Que ta volonté soit faite. Alléluia.
Jacob Obrecht – Salve Regina
Salve, Regina, mater misericordiae;
vita, dulcedo et spes nostra, salve.
Ad te clamamus, exsules fílii Hevae.
Ad te suspiramus,
gementes et flentes in hac lacrimarum valle.
Eia ergo, advocata nostra,
illos tuos misericordes oculos ad nos converte.
Et Iesum, benedíctum fructum ventris tui,
nobis post hoc exsilium ostende.
O clemens, o pia, o dulcis Virgo Maria.
Salut, Reine, Mère de Miséricorde ;
notre vie, notre douceur et notre espérance, salut.
Vers vous nous crions, fils exilés d’Ève.
Vers vous nous soupirons,
gémissant et pleurant dans cette vallée de larmes.
Venez donc, notre avocate,
tournez vers nous vos yeux miséricordieux.
Et montrez-nous Jésus, le fruit béni
de vos entrailles, après cet exil.
Ô miséricordieuse, ô pieuse, ô douce Vierge Marie.
Jean Mouton – Adieu, mes amours
Adieu, mes amours, a Dieu vous command.
Adieu, je vous dis, jusques au bon temps.
Je suis en soucy de quoy je vivray.
La raison pour quoy, je la vous diray:
Je n’ay point d’argent, vivray je du vent,
si l’argent du roy, si l’argent du roy
ne vient plus souvent?
Juan de Araujo – Pastorcillo, que al sueño entregado
Pastorcillo, que al sueño entregado,
suspendes del día sencillas tareas.
¡Despierta! ¡Buenas nuevas!
Que á la medianoche te llama con voces el aire,
con rayos la esfera.
Las cabañas humildes el resplandor rodea
y luces soberanas alumbran, mas no ciegan.
¡Buenas nuevas!
En su eterno volumen lo escriben las estrellas.
Y con fragante aliento las flores se hacen lenguas.
¡Feliz correspondencia¡
Que son del Cielo glorias las paces de la Tierra.
Cuando mejora sus dichas la varia naturaleza,
ha de ser común el gozo, pero no vulgar la fiesta.
Y toda sea nueva: la música, el tono, las voces, y la letra.
La ancianidad de sus troncos desnude joven la selva,
y cual águila remoce viendo a un Sol las plumas crespas.
Que todo se alegra: la planta, la rosa, el prado y la floresta.
Ya las débiles aristas con prevención de centellas,
abrigan el mejor grano que han de ver todas las eras.
Y todo se aumenta: víctima y sacrificio, holocausto y ofrenda.
Petit berger, qui, livré au sommeil,
suspends les humbles tâches du jour.
Éveille-toi ! Bonnes nouvelles !
Qu’à minuit l’air t’appelle à voix haute,
et la voûte céleste par ses rayons.
La lueur enveloppe les humbles cabanes,
et des lumières souveraines éclairent, mais n’aveuglent point.
Bonnes nouvelles !
Dans son volume éternel, les étoiles l’écrivent,
et de leur souffle parfumé, les fleurs se font langues.
Heureuse correspondance !
Car la paix de la Terre est la gloire du Ciel.
Quand la nature changeante améliore ses bonheurs,
la joie doit être commune, mais la fête non vulgaire.
Et que tout soit nouveau : la musique, le ton, les voix et les paroles.
Que la forêt dépouille la vieillesse de ses troncs pour reverdir de jeunesse,
et que, tel un aigle, elle rajeunisse ses plumes crépues en contemplant un Soleil.
Que tout se réjouisse : la plante, la rose, le pré et le bosquet.
Déjà les faibles brins d’herbe, préservés des étincelles,
abritent le meilleur grain que toutes les époques verront.
Et tout s’accroît : victime et sacrifice, holocauste et offrande.
Gaspar Fernandes – ¿Quieres pastorcillo?
¿Quieres, pastorcillo, ver la esencia mía?
Mi Dios, sí querría, mas no sé decillo.
Si mi ser divino quieres ver humano,
extiende la mano a gustar del vino;
daréte un gustillo que mi pan lo cría.
Si adelante van pastor tus intentos
los ojos atentos ten al blanco pan,
que su saborcillo sabe a virtud mía.
Con ojos de fe me verás, pastor,
y con más amor yo te miraré.
No quedes cortillo, habla en lengua mía.
Veux-tu, petit berger, voir mon essence ?
Mon Dieu, oui, je le voudrais,
mais je ne sais comment le dire.
Si tu veux voir mon être divin fait humain,
tends la main pour goûter au vin ;
je te donnerai une saveur que mon pain engendre.
Si tes intentions, berger, vont de l’avant,
garde les yeux attentifs sur le pain blanc,
car son doux goût a la saveur de ma vertu.
Avec les yeux de la foi tu me verras, berger,
et avec un plus grand amour je te regarderai.
Ne sois pas timide, parle dans ma langue.
Stevie Wishart – L’Hallali du Seingeur, texte Vincent Houchard
Une mystérieuse et légère brume s’élève des naseaux de la vallée.
L’aube apparaît à l’horizon.
La lumière du levant absorbe la forêt.
Les feuillages frétillent, les corps engourdis s’éveillent.
Les laies grommellent[1].
Des caquètements masquent le babillement du ruisseau.
Les mâles roumellent et nasillent d’aise.
Tête haute, le Seigneur de la forêt foule les perles d’une clairière.
La sérénité des hôtes apporte de la plénitude.
Arduina, Diane, Artémis, arcs en bandoulière,
flèches dans le carquois formatent une confrontation.
Les cris rauques et profonds des cors résonnent dans la vallée.
Le geai du chêne sonne l’alerte.
Tous ont les sens en ébullition.
Les oiseaux apeurés s’échappent vers les cimes.
Les renards, blaireaux se terrent.
Les lièvres fuient.
La traque mortelle a commencé.
Les chiens endiablés pistent les gibiers apeurés.
Les corbeaux trahissent les leurs.
Nez à ras de terre, les sangliers transpercent les futaies impénétrables.
Les cerfs galopent à n’en plus finir.
Acculé, l’hallali résonne.
Le Seigneur se tient droit et fier, épuisé.
Sous les honneurs, la dague transperce la chair sacrée.
Il s’affaisse avec dignité.
[1] Début agacement